Sargé-lès-Le Mans et ses ancêtres (1585-1906)

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  1. La reconstitution des familles consiste à retrouver les individus d'une même famille, au sens réduit du terme (parents, enfants et leurs conjoints éventuels). Chacun d'eux est accompagné de ses informations de naissance, mariage(s) et décès, et le tout constitue une fiche de famille standardisée. La globalité des fiches pour une période donnée, un territoire ou même un patronyme apporte de précieuses indications sur le comportement familial de nos ancêtres.

  2. Les applications liées à la généalogie sont nombreuses : listes de mariages complétées des enfants du couple, remontée de la filiation, etc. Mais on souhaite très souvent aller plus loin, connaître les différents métiers exercés par chacun de nos ancêtres tout au long de leur vie, leurs déplacements et bien d'autres choses encore. Même au-delà de leur décès, ils sont souvent nommés dans les actes, rappelant ainsi leur profession ultime. Dans un autre domaine, celui des monographies paroissiales, les études classiques sur la nuptialité, la fécondité, la famille et la mortalité vont livrer une quantité de données.

  3. Lorsque les familles ainsi reconstituées sont complètes, l'analyse a plus de poids. Dans la pratique ce n'est pas si simple. Retrouver les actes relatifs à tous les membres des familles d'un village relève carrément de l'utopie. Un tel lieu n'est pas un espace coupé à la communication puisque ses individus circulent sur les autres territoires. Il y en a toujours un qui est parti faire sa vie ailleurs, un mort-né qui n'a pas été enregistré, une naissance qui a eu lieu à 10 km, etc.

  4. Sans vouloir arriver à une exhaustivité, on peut cependant tout faire pour y tendre. Et ceci de deux façons.
    • D'abord techniquement. Méthodologie, rigueur et outils informatiques accompagnent l'énorme temps passé à la lecture des registres et à leur transcription vers une normalisation commune à tous les actes BMS et NMD. Le cadre dans le lequel doit être transcrit l'acte doit pouvoir reconstruire celui-ci dans l'autre sens, en repartant de la base de données vers le registre. Tout au moins pour les protagonistes, leurs caractéristiques et raison d'être dans l'acte. Ultérieurement on pourrait y ajouter la graphie des signatures éventuelles.
    • Puis en élargissant le champ des sources à intégrer. Le dépouillement complet d'un village puis la reconstitution rigoureuse de ses familles met à disposition une base robuste mais cependant insuffisante. Une même démarche (qui peut être allégée dans un premier temps) sur les territoires limitrophes va, au fur et à mesure, fournir son lot d'informations et encore plus de stabilité à l'ensemble. Plus on étend le territoire étudié, plus les familles du village central vont se retrouver complétées. Les différents types d'actes notariés apporteront également des données supplémentaires non négligeables. On n'oubliera bien sûr pas "Le Bordager" et sa rubrique "Quartiers" entre autres, ainsi que le site du CGMP avec ses recherches dont celle sur les décès qui s'étoffe, tout en revenant à la source de l'information pour y repérer la vue internet.

  5. Concrètement, l'expérience a été menée sur Sargé-lès-Le Mans dont tous les actes de 1585 à 1906 ont été normalisés. Chacun a d'abord été retranscrit sous le tableur Excel. Ses protagonistes sont ensuite passés sur la base de données Access tout en étant systématiquement représentés graphiquement dans Visio. Le premier outil découpe l'acte en éléments unitaires et permet une vue filtrée pour le rapprochement des individus. Le second est ce qui restera au final, une base solide où toute étude puisera ses informations. Enfin, le dernier outil apporte une vue d'ensemble sur un patronyme ou une de ses branches et aide à la réflexion en suggérant les différents rapprochements possibles entre individus, dans l'attente de la preuve qui confirmera la liaison, ou non.

  6. Entrons un peu dans le détail de la structure de cette base de données, coeur des informations recueillies.
    • Son ossature s'articule autour de quatre tables maîtresses :
      • Acte : informations sur un acte. Typologie des ADS (cote), lieu, date, vue sur microfilm, ...
      • Individu : caractéristiques générales d'un individu, celles se produisant une seule fois dans sa vie. Nom (de référence), prénom(s), naissance, décès, père, mère, ...
      • Union : données liées à un couple. Lieu, date, rupture, précédent conjoint de chaque époux, contrat, ...
      • Rôle : caractéristiques particulières de chaque protagoniste d'un acte à cet instant. Nom (orthographe sur l'acte), prénom(s), métier (s), résidence, âge, lien de parenté avec l’individu principal de l’acte, signature, état matrimonial, présence, ...
    • Ces tables, reliées entre elles, sont accompagnées d'autres tables dites de paramétrage référentiel pour les patronymes, les lieux (lieux-dits, paroisses-communes, département, pays) et les professions (métiers et états, regroupés en pôle d'activité et en niveau de compétence) sur lesquelles un travail arbitraire de référencement préalable a été nécessaire. Un patronyme évolue dans le temps et dans l'espace. La table des caractéristiques générales d'un individu mentionne cette référence sur le nom, et la table des rôles conserve l'orthographe d'origine inscrite sur l'acte. La référence peut donc être repensée à tout moment.

  7. La démarche a fait ses preuves, elle est maintenant bien rodée et s'attaque aux paroisses voisines. Tout d'abord à St-Ouen-des-Fossés, ancienne paroisse du Mans dont une partie est venue intégrer Sargé, puis à Coulaines et St-Pavace. Ce sera ensuite le tour de plus grands ensembles déjà quelque peu sollicités, ceux de Yvré-l'Evêque, Neuville-sur-Sarthe, Savigné-l'Evêque et St-Vincent du Mans sur la période antérieure à 1700 pour commencer. Le choix des dépouillements est ouvert, on peut passer d'une paroisse à une autre, d'une période à une autre, en choisissant le type d'acte à traiter. En effet, même si la passion est toujours présente, l'ampleur de la tâche en cours peut parfois lasser. Il faut alors réorienter temporairement ses recherches vers un autre lieu, une autre période, afin de toujours conserver un caractère ludique à cet immense puzzle. Dans la pratique, après avoir fait le travail sur Sargé où tous les individus ont été considérés comme participant utilement à l'étude, pour les autres paroisses on pourra procéder plus simplement. Un dépouillement systématique est certes incontournable sur le tableur dans le but de garder une trace facilement exploitable pour des recherches ultérieures sur l'ensemble (filtre, "Ctrl+F") mais ensuite on ne bascule sur la base de données que les individus dits "utiles" (couples cités, individus en liaison généalogique avec les familles de Sargé). Cependant rien n'empêche de tout prendre en compte, maintenant ou plus tard, si on souhaite étendre le coeur du territoire étudié.

  8. A ce stade de la reconstitution des familles, l'un des buts poursuivis est la recherche du décès de chaque individu né à Sargé ainsi que de celui du premier conjoint décédé de chaque couple. Dans le premier cas, il s'agit d'obtenir l'ensemble des actes de naissance et de décès des individus d'une même cohorte avec pour finalité l'établissement des tables de mortalité spécifiques à Sargé, selon l'année de naissance (une expérience est menée depuis 6 ans sur les cohortes nées il y a 250 ans). Dans le second cas, la borne de clôture (premier décès dans le couple) de chaque fiche de famille va permettre d'étudier la durée du mariage de couples épousés dans l'église ou la mairie du lieu. L'élargissement du dépouillement aux registres des paroisses-communes voisines aide notablement à répondre à ces attentes mais participe également largement à la complétude les naissances des couples itinérants et à affiner, par l'étude des rôles dans les actes, la période floue de décès quand il reste encore inconnu.

  9. Une liste des 2911 fiches de famille de Sargé a été déposée au CGMP en 2010. Etant donné que les recherches ont progressé, bien que toujours en cours et jamais vraiment terminées, cette liste se trouve aujourd'hui largement obsolète puisque le nombre de fiches ayant leur date de fin trouvée est maintenant passé à 31% (42% si on ne tient compte que du XVIIIème siècle). Elle peut être remplacée à tout moment par une nouvelle version aisément extractible depuis la base de données. Une telle liste peut être mise à disposition pour chacune des paroisses-communes proches du coeur du territoire étudié mais plus la distance avec Sargé est importante, moins les données seront complètes et donc exploitables. A ces listes par lieu peuvent s'ajouter celles par patronyme de référence, mais aussi issues d'un croisement entre ces deux paramètres principaux pour extraire, par exemple, les Chopelin sur Sargé.

  10. Pour approfondir le sujet, on pourra se reporter aux écrits de grandes figures de la démographie historique en France :
    • DUPAQUIER (Jacques), « Pour la démographie historique », PUF, 1984.
    • GOUBERT (Pierre), « 100 000 provinciaux au XVIIè siècle », Flammarion 1968.
    • HENRY (Louis), « Technique d'analyse en démographie historique », INED, 1980. Qui a été suivi de SEGUY (Isabelle), « La population de la France de 1670 à 1829. L’enquête Louis Henry et ses données », INED, 2001. Y figurent notamment des données sur les familles de Voivres-lès-Le Mans.

Contact : philippe.davase @ gmail.com

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